Jean-Antoine : des mots, des langues… une passion !
On reste encore un peu dans le Tarn avec la FD 81. Après La Clique à Cuq, place maintenant à Jean-Antoine. Une passion qui ne date pas d’hier… et une histoire qui commence lorsqu’il était encore enfant. Mais cette histoire-là, je préfère le laisser vous la raconter lui-même…
Début des années 1960. Une cité ouvrière de mineurs dans le Tarn, en pays carmausin.
J’entends une conversation qui provient du jardin. Deux femmes se tiennent là, appuyées à la clôture qui sépare les jardins ouvriers entretenus par des mineurs en activité. L’une est ma grand-mère maternelle et l’autre la voisine, beaucoup plus jeune. Leur conversation est animée et curieuse pour moi. En effet, les langues qu’elles utilisent ne sont ni le français ni l’espagnol.
Je sais que ma grand-mère parle en catalan, langue qu’elle utilise presque exclusivement. C’est d’ailleurs dans cette langue qu’elle nous parle chaque jour, à nous les enfants. Car bien que nés en France, nous faisons partie de l’immigration. Et à la maison, nous avons l’habitude d’entendre du français et de l’espagnol aussi.
Mais l’autre femme ne parle ni en catalan, ni en français, ni en espagnol. Pourtant, elle comprend ma grand-mère et celle-ci lui répond facilement. Je découvre qu’elles se comprennent et arrivent à communiquer avec aisance !
Je suis très intrigué et, en me dissimulant pour ne pas les déranger et les gêner, je me rapproche. Ce sont bien deux langues différentes et pourtant si proches. Elles se racontent le menu du repas qu’elles préparent pour ce midi. Pourtant, de temps en temps, il y a des arrêts. Soudain, un mot n’est pas compris. Mais, tout en gardant les mêmes langues, elles s’expliquent mutuellement ces différences portant sur un ingrédient, un légume, un fruit… Et la conversation se poursuit sans difficultés majeures. Cette scène banale s’est reproduite plusieurs fois.
Et je remarquais qu’ailleurs, au marché de la ville voisine, des paysans et commerçants parlaient aussi comme la voisine, en patois, comme ils disaient.
Je me rappelle m’être posé une question : comment se fait-il que ces femmes puissent dialoguer ? Nous, nous sommes originaires d’Espagne et la voisine est de France. A priori, rien ne devait permettre une intercompréhension. Et pourtant, la réalité me démontrait le contraire. Comment était-ce possible ?
Je crois que c’est ce jour-là qu’est né un intérêt pour les langues, ce besoin de comprendre pourquoi certaines langues et cultures n’avaient pas le droit d’être reconnues. Et ce n’est que plus tard que j’appris que la voisine parlait l’occitan ou langue d’oc (qu’elle appelait « patois »), que j’appris que des langues étaient dites régionales, étaient marginalisées ou minorisées, méprisées et interdites ; que des personnes avaient honte. Mais aussi la réalité de la langue d’oc qui fut, au Moyen Âge, une grande langue de civilisation européenne avec notamment les troubadours.
Ensuite, des rencontres avec des locuteurs occitans, des cours, des lectures, des écoutes de disques, des engagements militants, des stages et d’autres activités me renforcèrent dans l’idée que certaines langues et cultures étaient bien l’objet de mépris, de discriminations et de xénophobie. Et qu’il fallait s’engager pour lutter contre ces injustices.
C’est ainsi que mon engagement aux Foyers ruraux porte ces convictions. Ainsi, lors de la Trans’Occitane, la FDFR Tarn, avec la FDFR Tarn-et-Garonne, nous mîmes en place, modestement, un petit atelier de sensibilisation à la langue d’oc en menant une discussion et en apprenant le chant emblématique qu’est le Se canta (prononcer « sé canto »). Nous pûmes former un groupe d’une dizaine de personnes et donner un petit concert.
Plus tard, nous poursuivîmes en catalan, avec la Catalane Jaumeta, de la FDFR 66, avec la chanson L’Estaca (« le pieu ») de Lluís Llach.
Ces petites présences libèrent la parole, prouvent que la liberté d’expression et la liberté d’exister doivent être garanties aussi pour toutes les langues et cultures. Et surtout que ce n’est pas l’uniformité qui fait la richesse d’un pays, mais sa diversité.












